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UNE RENCONTRE INATTENDUE

C’EST LORS DE MON PREMIER VOYAGE EN ASIE QUE J'AI DÉCOUVERT LE CAMBODGE : SES SAVEURS, SES COULEURS, SES PAYSAGES MAIS AUSSI ET SURTOUT SES LOCAUX... 

Par Cécile de Travel Heart

Janvier 2006, 10h30, je m’envole enfin pour la destination de mes rêves. Après des mois de préparation et de check-lists interminables, me voilà en route avec mon sac que j'ai préparé minutieusement. Tout est impeccablement plié et roulé pour ne pas perdre un millimètre. Itinéraires, chaussures de marche, tout est là pour vivre ce que j'appellerai l'aventure de ma vie : deux mois au Cambodge. Je rêve de visiter l’Asie depuis toute petite, je touche enfin mon rêve du doigt. 

 

Arrivée après douze heures de vol sans dormir, je m’empresse de sortir de l’avion pour récupérer mon sac à dos. Éblouie par les lumières blanches de l’aéroport et brassée par le décalage horaire, je me dirige vers la sortie. 

 

Je m'apprête à traverser les portes automatiques coulissantes de l’aéroport de Phnom Penh. Malgré la fatigue, je suis surexcitée à l’idée de m’aventurer dans un nouveau pays. C’est parti, que l’aventure commence !  

À ma sortie, je suis d’abord frappée par la chaleur, écrasante, foudroyante qui me cloue au sol. J’ai du mal à respirer et une sueur envahit mon corps. Jamais je n’avais connu une humidité pareille. Mon corps gonfle à mesure que j’avance. Je trouve la sensation très désagréable comparée à la forte climatisation de l’avion. 

Puis, je suis interpellée par le bruit des klaxons et les odeurs d’essence. Il y en a partout, des centaines de scooters, taxis, voitures, tuk-tuks se mélangent. La sortie de l’aéroport grouille de monde : je ne sais plus où donner de la tête. Je me sens soudainement très petite face à cette foule. Pourtant, tout semble organisé. Dans les dédales de ce bazar, chacun a l’air de trouver sa place. Les scooters où siègent trois personnes minimum sont tous alignés avant les voitures, prêts à démarrer à toute vitesse lorsque le feu passera au vert. Les vélos quant à eux circulent à droite, les uns après les autres. Je suis subjuguée par ce labyrinthe  motorisé et me demande comment ils font pour s’y retrouver.  

 

Presque machinalement, je monte dans un tuk-tuk en direction de mon auberge de jeunesse. Enfin de l’air ! Ce sentiment de fraîcheur au contact de ma nuque mouillée me provoque des frissons. Durant le trajet, mon chauffeur à la conduite sportive, me donne des sueurs froides. Je me concentre pour ne pas vomir le repas donné dans l’avion. Une première expérience en tuk-tuk, ça vous marque à vie ! 

 

Soulagée d’être arrivée à l’auberge de jeunesse saine et sauve, je m’écroule de fatigue sur le lit, sous la clim, au frais, pour recharger mes batteries. Je trouve juste le courage de sortir proche de mon auberge afin de déguster un plat typique. Première expérience dans un boui-boui local, je déguste pour la première fois un curry Khmer qui réveille mes papilles plutôt habituées aux pâtes carbonara. 

 

De retour dans mon logement après une brève balade digestive, je vais me coucher, épuisée de cette première journée. Je sais que l’arrivée dans un nouveau pays peut être déroutante, je suis un peu désorientée, mais je vais me coucher sereine en me disant que demain sera un jour meilleur. 

 

Après une nuit agitée par des moustiques sifflant dans mes oreilles, je me réveille pleine d’ambition et avec une envie de m'imprégner de la ville. J’ai repéré dans mon guide un marché et je sens que je vais me régaler. Me voilà donc repartie à bord d’un tuk-tuk vert émeraude direction le marché de Kâmpôt. Après deux heures de route, qui me donnent la nausée, j’arrive aux abords du marché. Situé au cœur du village, l’extérieur ne paye pas de mine. D’abord perplexe, je comprends rapidement en suivant le flux de badauds que la magie opère à l’intérieur. Je pénètre donc dans cette grande halle, aux milles étals. On dirait la caverne d’Ali Baba, il y a tout : des fruits, des légumes, du poisson, de la viande, des animaux, des vêtements… Je repère de nouvelles  odeurs, des couleurs, des sourires. Mes sens s’animent les uns après les autres. Moi qui ai toujours apprécié les marchés, je suis au paradis. Enfin je découvre l’Asie dont on m’a tant parlé. 

Il y a du monde, beaucoup de monde, les gens se bousculent, parlent fort, négocient, échangent, rient, se tendent la main. Ils me frôlent et me sourient.

Les marchands sont assis par terre sur des petits sièges en osier ou à même le sol, leurs marchandises devant eux. À mon passage devant leurs étals, ils m’interpellent et se mettent à déballer à toute vitesse leurs produits pour essayer de me les vendre. Je refuse poliment, on m’a averti que cela pouvait être dangereux de goûter des aliments à l’étranger sans connaître leur provenance. Ils doivent être épuisés à courber leur dos toute la journée dans une position inconfortable comme ça. 

 

Après quelques minutes à tourner dans le marché je me retrouve face à une scène dont je me serais bien passée post petit-déjeuner. Je suis écœurée par les étals de poisson et de viande presque à même le sol ou étendus sur des bâches ou dans des bassines. Les mouches et moucherons me tournent autour et m'agacent à se poser sur mes jambes, je les remue pour les faire partir. L’odeur est nauséabonde et très désagréable. Je sens également des odeurs de friture et de cuisson provenant des petits marchands de cuisine locale. Je suis impressionnée par tout ce que je vois. Tout semble aller si vite, la façon dont les locaux parlent, se déplacent, s’activent autour des étals ainsi que les mouvements de leurs mains. Tout semble être accéléré alors que moi, je me balade et j’observe longuement cette foule, presque en dehors du temps. C'est le bonheur.

 

Plus loin, j’aperçois des étals arc-en-ciel où se mêlent fruits et légumes exotiques. Je ne les connais pas pour la plupart, je distingue uniquement la couleur rouge vif des piments et le jaune de ces mangues qui ont l’air juteuses et mûres. J’ai envie de tout goûter, surtout ce fruit poilu et rouge qui m’intrigue particulièrement. Je demande gentiment à une petite dame âgée qui me fait déguster avec plaisir ce fruit sucré si particulier. Hum, c’est un régal, je lui en achète donc une dizaine pour les manger dans la journée. Je m’approche un peu plus près pour lui demander le nom des autres fruits sur son stand. Ne comprenant pas sa réponse en cambodgien, je lui demande de répéter en anglais mais je vois qu’elle ne me comprend pas. Je m’apprête à continuer ma promenade quand un monsieur s’approche de moi et commence à me parler en français et à m’expliquer les fruits et les légumes. Il doit être âgé d’une trentaine d’années, brun aux cheveux courts, il est petit avec des yeux rieurs, il porte un tee-shirt bleu à l'effigie de Star Wars avec une veste en cuir. Je me demande comment il fait pour ne pas suer avec cette chaleur. Je trouve qu’il s’exprime très bien pour un local, je le remercie et m’éloigne un peu. 

 

Un peu plus tard, je le recroise dans le marché et je le vois s’approcher. Un peu effrayée, je détourne le regard et fait mine d’acheter un petit bracelet en perles. Il se rapproche et m’aborde naturellement. Il me pose quelques questions sur mon origine, depuis quand suis-je arrivée, combien de temps ai-je prévu de rester. Il est charmant, un poil dragueur, un sourire franc et des yeux rieurs. Il me raconte qu’il a vécu au Québec et qu’il y a appris le français, qu’il est depuis rentré au pays pour s’occuper de ses parents. En discutant un peu avec lui, il me raconte l’histoire du pays et les choses à faire dans la région, je l’écoute attentivement et j’enregistre ce qu’il me dit afin de planifier le reste de mon séjour. Je ne vois pas le temps passer et nous arrivons à la fin du marché. 

C’est alors qu’il me propose de m’emmener visiter des grottes à une vingtaine de kilomètres de là. Un peu surprise par sa proposition, je la décline. Nous nous connaissons seulement depuis quelques heures et je n’ai pas suffisamment confiance pour partir avec un inconnu faire de la moto et parcourir la région. Ce n’est pas du tout dans mes habitudes et pas prudent, c’est seulement mon deuxième jour de voyage. 

 

Cependant, au moment où je le sens s’éloigner, je me sens attristée par cette décision. Je me dis que peut-être j’aurais dû lui faire confiance, après tout, il avait l’air si gentil et bienveillant. Je pense que j’ai peut être raté une occasion de visiter le Cambodge hors des sentiers battus et que c’est dommage. Tant pis, on n’a qu’une vie ! Consciente du danger, je le rattrape en courant et lui demande s’il peut toujours m’emmener. Il répond avec un grand sourire positivement à ma demande. Je le suis jusqu’à sa moto, une Honda noire, un modèle très répandu en Asie. 

 

Seulement, au moment de monter derrière lui, une vague de stress m'envahit. Tant pis, je ne peux plus faire marche arrière, advienne que pourra on verra bien où mènera cette aventure,  je décide de lui faire confiance et de me laisser porter.   

 

Me voilà alors embarquée derrière lui sur sa moto, traversant la campagne cambodgienne. Je ne sais pas où je vais mais je suis captivée par  les paysages qui défilent : les montagnes, les rizières, les bambous et les contrastes entre la roche et la jungle luxuriante. J’aperçois des hommes et des femmes le long de la route, ils sourient. Au loin, des enfants jouent au foot, ils ont l’air calmes et paisibles. Je ferme les yeux, je sens l’air dans mes cheveux, j’essaie d’enregistrer un maximum de détails de cette balade pour me créer des souvenirs, comme si je dessinais ma propre carte postale. Je suis sereine, j’ai la sensation de vivre un moment unique et rare. Ces instants que l’on capture et qui nous marquent pour la vie. Je profite de chaque instant, de chaque paysage et de chaque visage. La carte postale est là. Je la conserverai toute ma vie. 

 

Une fois le trajet terminé, nous voilà arrivés sur les lieux, au cœur des rizières de plaines et des montagnes. Nous descendons de la moto, il la gare sur le bas-côté de la route. Il me fait signe de le suivre dans la jungle. Après quelques minutes à crapahuter dans une forêt de bambous, nous débouchons sur un ancien temple bouddhiste. C’est le premier que j’explore depuis mon arrivée dans le pays.  Je suis fascinée par le calme et la sérénité qui y règne, j’aimerais rester toute la journée à écouter le silence. Mon guide me tire de mes pensées pour m’indiquer l’entrée de la grotte et nous pénétrons dans l’obscurité. Je fais quelques pas et je glisse sur la roche mouillée de la grotte, je me rattrape in extremis au bras de mon accompagnateur. Effectivement, les tongs ne sont peut être pas très appropriées pour faire de la spéléologie. Après cet épisode mouvementé où j’ai bien cru y passer, nous entamons notre marche entre stalagmites et chauves-souris. Nous continuons nos discussions entamées sur le marché, nos voix résonnent au fond de la grotte. Après quelques minutes de marche dans les méandres de la grotte, nous aboutissons à un lac souterrain à l’eau cristalline formé dans la cavité. À quelques mètres de là, le clou du spectacle : le cœur de la grotte abrite une trouée lumineuse provoquée par un effondrement de la roche, comme une clairière au milieu des bois où trône une statue de Bouddha couché. Incroyable, je suis sans voix. 

 

Nous ressortons de la grotte quelques instants après. Frappée par la lumière vive du soleil, après des heures à déambuler dans ce labyrinthe souterrain,  je ressors directement éblouie et j’enfile mes lunettes de soleil. Nous remontons sur la moto en direction du marché. Sur le trajet, je le remercie pour cette visite et nous revenons tranquillement sur nos pas. Une fois arrivés sur le marché et au moment de partir, je lui tends un billet pour le remercier. Habituée aux échanges commerciaux occidentaux, il me semble normal de le gratifier de cette manière. Très humblement, je le vois me tendre mon billet pour me le rendre. Peut-être n’est-ce pas suffisant ? Je me sens mal à l’aise. Mais avec un regard rassurant, il me sourit et me dit que ce n’est pas nécessaire, qu’il a apprécié que je passe un bon moment. Il m’explique qu’il aime faire découvrir sa région aux touristes et partager sa passion pour son pays. Sur ces paroles, il remonte sur sa moto et me souhaite un bon voyage. 

 

Alors qu’il s’éloigne sous un nuage de poussière, je suis encore bouleversée et très surprise de cet échange. De la bonté pure, un geste simplement désintéressé : la magie des voyages. Ces rencontres improbables qui nous font des souvenirs pour toute la vie et qui, comme les cartes postales, se conservent précieusement.

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