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3 MOIS D'EXPÉDITION SUR LE TOIT DU MONDE

UN PÈRE RACONTE À SA FILLE SON VOYAGE SUR LA TERRE DE SES ANCÊTRES, AU COEUR DES MONTAGNES HIMALAYENNES.

Par Alex Le Beuan de Shanti Travel

Chère Lhamo,

Je t'écris cette lettre pour te rappeler notre aventure sur les montagnes himalayennes, alors que tu n’avais que quatre ans... en m’imaginant les questions que tu pourrais te poser, sur ta famille, sur tes racines, sur nos rencontres et sur l’environnement dans lequel on a évolué.

Ça y est, c’est l’heure du grand départ. Maman, toi et moi sommes sur le point de quitter notre quotidien pour une expérience hors du temps en Himalaya. Une aventure de trois mois qui signifie beaucoup pour ta Maman et toi, puisqu’on a décidé de retourner sur les traces de vos ancêtres tibétains. Et pour moi, breton d’origine mais himalayen de cœur, ce voyage me permet de retourner dans des régions qui ont bercé mon enfance et mon adolescence, à travers les récits d’Alexandra David Neel ou de Ella Maillart, avant de les fouler moi-même, une fois devenu jeune adulte.

On prépare notre périple dans notre maison d’hôtes au Ladakh, la Nimmu House. Ce petit château construit au début du XXe siècle, entouré d’un grand verger et de montagnes enneigées, constitue un lieu très stratégique pour débuter notre randonnée, et se mettre dans de bonnes conditions physiques, s’acclimater, avant de gravir les hautes montagnes de l’Himalaya. On vient au Ladakh depuis que tu es toute petite, dans notre camp de base de Nimmu, pour se ressourcer, explorer les montagnes et villages environnants et retrouver nos amis ladakhi. Dont tes copines Nortsom et Kunzess avec qui, chaque été, tu passes tes journées à cueillir des abricots, ramasser les carottes, pommes de terre et haricots, donner du foin aux petits yaks et patauger dans le ruisseau. Avant de quitter notre petit paradis ladakhi, Maman demande à deux moines qu’on connaît bien, de réaliser des prières dans le temple bouddhiste de Nimmu House pour que notre voyage se déroule au mieux. On se retrouve durant trois heures, imprégnés de ces prières chantées, de la prospérité du temple et de la gaieté des habitants et voyageurs qui assistent à la cérémonie.

“Julley-julley” (bonjour, au revoir en ladakhi), c’est l’heure du grand départ ! On débute notre marche vers l’Est, en remontant la vallée de la Markha jusqu’au col Lalung La, à 5300m. On enchaîne ensuite une succession de cols de plus de 5000m, pour arriver à proximité de la frontière tibétaine après dix jours de marche. Sur le plateau du Changtang, un désert d’altitude à 4500m, on marche de campement nomade en campement nomade. Cette première étape est un clin d'œil à ta grand-mère, Momo Tsuki qui a vécu jusqu’à l’âge de 23 ans de l’autre côté de la frontière, avant de devoir fuir le Tibet en 1959, lors de l’invasion du Tibet par la Chine. Momo Tsuki était nomade, vivait sous la tente hiver comme été, au beau milieu des yaks, des chèvres pashmina, des chevaux, des moutons... On marche généralement cinq à six heures par jour avec Maman, une véritable épreuve avec soi-même à plus de 4500m d’altitude. Et toi, tu nous ouvres la voie, sur ton cheval que tu as renommé ‘’King’’. On est accompagnés de Jigmed, notre guide, Dorje, notre cuisinier et Angchuk, notre cavalier, ainsi que quelques chevaux qui portent nos vivres et le matériel de camping. Parce que, dans le Changtang, on ne trouve quasiment rien à manger, ni fruit, ni légume, uniquement de la viande et des produits laitiers. C’est une région d’éleveurs, très peu peuplée (moins d’un habitant au kilomètre carré). On est loin de la frénésie des grandes villes indiennes, notamment de Delhi où tu es née et où nous avions vécu plusieurs années avec Maman. D'ailleurs, certains jours, on ne croise personne sur notre route. Ces quelques semaines dans la région du Changtang ont apporté les réponses aux questions d’enfant que se posait Maman concernant la vie de Momo Tsuki lorsqu’elle était enfant elle-même, puis jeune adulte, et elle a le sentiment d’avoir comblé un vide. On est donc prêts pour la suite des aventures, en route pour le Mustang, ancien royaume bouddhiste, rattaché au Népal en 1961 !

La région du Mustang est aussi très symbolique pour Maman. On marche sur les traces de ton grand-père, Apa Gyaltsen, qui a passé de nombreuses années dans des vallées perdues, à la frontière entre le Népal et le Toit du Monde, dans le but de résister par les armes à l’occupation chinoise. Ton grand-père n'était pas nomade comme Momo Tsuki, il est né dans une famille paysanne du Nord-Est du Tibet, plus exactement en Amdo. Apa Gyaltsen, vers l’âge de 15 ans, est devenu résistant lorsque l’armée chinoise est arrivée sur le sol tibétain.

 

Ton grand-père, comme beaucoup de Tibétains, a résisté plus de dix ans sur ses terres avant de fuir le pays avec ses armes pour venir se réfugier dans cette région du Mustang, comme 3000 autres frères d'armes. Tu vois, la région du Mustang, c’est comme une espèce de doigt planté dans le plateau tibétain. C'était une zone stratégique pour pouvoir pénétrer le Tibet, mais d’un point de vue logistique, la zone était très compliquée à appréhender. Ce sont des cols très très hauts et l'armée chinoise n'était pas si préparée aux hautes montagnes. La résistance a commencé à s’organiser petit à petit, à partir de 1956, pour devenir une véritable guérilla jusqu’en 1974. Mais leur nombre était trop insuffisant pour faire face à l'armée chinoise. Et puis les résistants tibétains n'étaient pas très armés, seulement quelques armes américaines et des vieux fusils. Après vingt-cinq ans de lutte, dans des conditions extrêmes, ton grand-père est parti s’installer à Pokhara, dans un campement de la Croix Rouge, où il a rencontré Momo Tsuki. Ton grand-père n’a jamais parlé de sa vie de combattant à Maman, de ce qu’il a vécu pendant toutes ces années à résister pour exister, à se battre pour un idéal.

Ce voyage nous permet donc de voir de nos propres yeux ces terres du passé et imaginer les conditions dans lesquelles Apa Gyaltsen a vécu. D’ailleurs, je ne sais pas si tu te souviens, Lhamo, mais durant les 3 semaines de notre expédition au Mustang, en Octobre 2019, les conditions de randonnée étaient difficiles. Il n’y avait pourtant pas beaucoup de neige, mais on s'imaginait bien, surtout lorsqu’on marchait pendant des heures à des altitudes élevées, ce que les résistants avaient pu endurer, sur leurs chevaux, en plein hiver, dans le froid, la neige, les bourrasques de vents... c’est invraisemblable la vie qu’ils ont pu avoir.

Et puis, on est partis en direction du Dolpo, pour retourner sur les chemins autrefois empruntés par Momo Tsuki. Lorsqu’elle a fui le Changtang, elle est venue se réfugier dans cette région népalaise limitrophe du Tibet, l’une des plus isolées du globe, entourée de cols à plus de 5000m, où elle a travaillé pendant six ans pour des familles de paysans.

Ces trois mois de trekking ont été assez physiques. On a passé une bonne dizaine de nuits au-dessus de 5000m d’altitude, gravi sept cols dépassant les 5500m, tandis que le reste du périple était en moyenne à 4000m. Les cols étaient parfois enneigés, ventés, les températures étaient vraiment extrêmes... Heureusement que tu étais sur ton cheval ! Tu as d’ailleurs noué une relation extrêmement forte avec chaque animal qui nous accompagnait et tu nous en parlais quasi quotidiennement durant les premiers mois de notre retour en France. Sur les trois parties du séjour, on a eu trois équipes différentes. Sur la première partie, au Ladakh, on était accompagnés par des mules, puis de très beaux chevaux au Mustang et enfin d’autres chevaux au Dolpo. On aurait aussi pu opter pour des yaks ou des dzos. Te rappelles-tu des dzos ? C’est un animal hybride, un mélange de yak et de vache, qui a l’habitude de porter des charges lourdes et marcher dans ces zones montagneuses. Mais on a eu quelques déboires au Dolpo avec des yaks sauvages très dangereux. Ce sont des animaux massifs, avec des cornes bien développées, mieux vaut ne pas se retrouver face à ces bêtes... Et finalement, de nous trois, c’est bien toi qui t’es adaptée le plus rapidement à l'altitude, à l’inconfort et au froid, alors que Maman et moi rêvions parfois de boire un espresso, se retrouver en terrasse, ou prendre une bonne douche chaude. On a bien fini par s’y habituer aussi, rassure toi.

 

D’ailleurs ce que j’aime beaucoup dans cette marche, sur ces hauts plateaux, ces vallées isolées et arides, c’est cette immensité. Je me sentais tout petit et crois-moi ces régions forcent à l’humilité. Ce voyage nous a aidé à nous sentir en sérénité et à appréhender les éventuels challenges que la vie nous réserve. J'espère que même si tu étais très jeune, ce voyage aura pu t’apprendre, ne serait-ce qu’un petit peu, ce que moi j’ai ressenti pendant ces randonnées. Lorsqu’on est devant des difficultés, on ne se laisse pas porter, mais on se dit qu’il y a toujours des solutions. Parce que de toute façon, on n’a pas le choix, on doit passer ce col à 5400m d’altitude, même s'il a neigé toute la nuit. Alors oui, on est sortis de la tente de bon matin, il y avait beaucoup de neige, on ne voyait rien, on n'était pas sûrs d’arriver en haut, de ne pas se perdre... Mais on est restés serrés, soudés, on a fait de grandes traces dans la neige. On a essayé de se repérer comme on pouvait, et on l'a fait !

 

Peut-être que tu te demandes pourquoi on est partis en choisissant l’option tente au confort des auberges ? Avec Maman, on souhaitait avoir une liberté totale d’aller où on le voulait. On a pu d’ailleurs dormir dans des vallées isolées, sans croiser un seul humain plusieurs jours de suite, particulièrement au Mustang. Et puis, je crois que tu l’as bien compris, notre objectif premier était de marcher sur les traces de tes ancêtres, dans les ruines des campements des résistants, dans des vallées complètement perdues, dans lesquelles il n’y a que quelques semi-nomades et quelques bergers parfois l’été. Mais il n’y a aucun village, aucune maison... Sans opter pour cette logistique complexe (tente, nourriture, eau, gaz...), on n’aurait pas du tout vécu la même expérience et on serait probablement restés sur des itinéraires classiques de voyage. Cet itinéraire nomade nous a aussi permis de mener notre enquête. C’est intéressant de voir ce voyage sous cet angle, pas vrai ? On a fait beaucoup de belles rencontres, et quelques fois des personnes qui ont connu tes ancêtres. Te souviens-tu de la dame que nous avons croisée au Dolpo ? Sa sœur avait embauché Momo Tsuki, et elle se rappelait très bien de cette période de sa vie, 60 ans auparavant. On a aussi retrouvé des cousins éloignés de Momo Tsuki, qui sont restés vivre au Dolpo et sont devenus des Dolpa, propriétaires de leur ferme, de leurs bêtes, après des décennies de dur labeur. C’était extraordinaire de les rencontrer et de vivre avec eux durant une semaine.

Pour terminer, je vais te partager quelques enseignements Lhamo, que j’ai retenus de notre expédition. Dans la vie, c’est important de prendre du temps pour soi, de se consacrer à des choses qui ont réellement du sens pour soi. C’est important de bien s'écouter. Et par s'écouter, j’entends non pas répondre aux ambitions que veut la société, ça c’est du paraître. Mais de bien définir ce que toi tu souhaites réellement vivre. Enfin, ne pas trop s’attacher, car rien n’est immuable, mais profiter de l’instant, pour ce qu’il est, une expérience.

 

Ton papa qui t’aime.

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